LESPRINCIPES DE LA COMPOSITION Les principes de la composition sont créés par les éléments de la composition. Ce sont les principes qui aident à transmettre une émotion ou le message de l'oeuvre. Christina's World Andrew Wyeth 1948 Rédaction : Sébastien Pharand Validation: Dorothée Plourde et Chantal Dionne
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17oct. 2016 - Découvrez le tableau "" Les petits Pinceaux "" de Vanessa Maigner sur Pinterest. Voir plus d'idées sur le thÚme pinceau peinture, atelier peintre, peinture.
Vay Tiá»n Nhanh. Dans lequel le peintre se marginalise ou se miniaturise, tout en contrĂŽlant le regard. La leçon de musique Vermeer, 1662-64, The Royal Collection, The Windsor Castle Dans le miroir se rĂ©vĂšle un des pieds du chevalet de Vermeer. PlutĂŽt quâun dĂ©tail pittoresque impliquant le peintre dans son oeuvre, il sâagit plutĂŽt de proclamer une forme dâĂ©galitĂ© entre le pouvoir de la Peinture et celui du Miroir Une peinture parfaite, en effet, est comme un miroir de la Nature. Elle fait que des choses qui nâexistent pas puissent exister, et trompe dâune façon permise, amusante et louable. » Samuel van Hoogstraten, Introduction Ă lâĂ©cole supĂ©rieure de la peinture, Rotterdam, 1677 De plus, la prĂ©sence Ă©ternisĂ©e du peintre en son absence crĂ©e un effet dâĂ©trangetĂ©, qui tient au rabattement du lieu de lâArtiste dans celui de lâOeuvre, du temps du Faire dans celui du Fait Le miroir nous montre cette peinture comme se faisant » sous nos yeux. Il offre le paradoxe dâun tableau qui sâautocontient » Lâinstauration du Tableau, p 261, 1993 En tirant partie du fait que le minuscule rectangle en haut Ă gauche doit ĂȘtre le mur du fond, le professeur a pu reconstituer la topographie prĂ©cise de la piĂšce, que lâingĂ©nieur Tim Jenison a reconstruit en grandeur rĂ©elle il a ensuite reproduit le tableau en rĂ©inventant les mĂ©thodes optiques de Vermeer. La leçon de musique, recréée par Tim Jenison Cette passionnante expĂ©rience est expliquĂ© dans Le miroir de lâatelier Charles Martin Hardie, 1898 Dos Ă dos Ă dos Francine Van Hove, 2007 Deux rĂ©surgences du chevalet dans le miroir⊠Nous allons voir maintenant des exemples oĂč le peintre pudique va montrer un peu plus que le pied de son chevalet⊠Son reflet dans la famille Everhard Jabach et sa famille Charles Le Brun, vers 1660, Metropolitan Museum Lorsque le financier se fait portraiturer entre ses collections et sa famille, il autorise le peintre Ă sâinclure parmi elles, Ă une place privilĂ©giĂ©e au dessus des instruments du savoir et de la religion une sorte dâalter ego, mais en deux dimensions. Ainsi, vus de trois quarts, le buste de Minerve et le reflet du peintre conduisent le regard vers le visage du maĂźtre de maison, lequel le relaye vers les autres ĂȘtres vĂ©ritablement animĂ©s de la composition sa femme et ses enfants adorĂ©s. Le mĂ©chant tambour The naughty Drummer Nicolas Maes, 1655, MusĂ©e Thyssen Bornemisza, Madrid Une scĂšne familiale Tandis que la femme menace du martinet le garçon bruyant, le peintre de genre, du haut de son miroir, jette un oeil objectif sur le vacarme. A noter que lâartiste nâentre dans le tableau quâĂ la sauvette le point de fuite ne concordant pas avec son oeil, il nâest pas du tout en train de se regarder dans le miroir, mais dâobserver son modĂšle. Câest uniquement la position du spectateur, Ă droite du tableau, qui capture incidemment son visage dans le cadre du miroir. Des allusions Cette scĂšne familiale comporte plusieurs allusions [1]. Tout dâabord Maes fait un clin dâoeil Ă sa ville natale, Dordrecht, connue pour une histoire survenue durant lâinondation de 1421 lâ enfant au berceau » fut sauvĂ© miraculeusement, en flottant sur les eaux. Mais câest surtout la carte des Sept Provinces, pendue au dessus du garnement , qui recĂšle une intention politique. Lâombre noire qui la recouvre fait allusion Ă la situation sombre du pays aprĂšs le traitĂ© avec lâAngleterre, dĂ©chirĂ© par la guerre des partis. Ainsi le geste exagĂ©rĂ© de la mĂšre brandissant son martinet sâadresse, au delĂ de son fils, Ă tous ces enfants turbulents de la RĂ©publique câest lĂ quâil sâagit de remettre de lâordre. Jeune fille cousant Nicolas Maes,1655, Collection privĂ©e A lâappui de cette interprĂ©tation politique de la carte, dans cet autre tableau de la mĂȘme pĂ©riode, elle apparaĂźt cette fois en pleine lumiĂšre, au dessus de la jeune fille cousant dans la paix du foyer ici Maes a tronquĂ©, par rapport Ă la carte originale, toute la partie gauche qui reprĂ©sente les Pays-Bas espagnols. [1] Voir Karten in Bildern zur Ikonographie der Wandkarte in hollĂ€ndischen InterieurgemĂ€lden des siebzehnten Jahrhunderts, BĂ€rbel Hedinger, 1986 Ma famille, Joaquin Sorolla, 1901, Valencia, Museo de la Ciudad, Ayuntamiento Sorolla a retrouvĂ© la composition de Maes dans ce portrait de famille pyramidal oĂč, sous lâoeil surplombant du pĂšre, le jeune fils reprend le flambeau en croquant sa plus jeune soeur, avec lâaide de la grande. IntĂ©rieur avec le peintre et son modĂšle, Matthijs Roeling, 1970, Collection privĂ©e Version plus moderne de la mĂȘme composition le titre est trompeur, puisquâil incite Ă voir le jeune dessinateur, alors que le peintre est Ă©videmment ailleurs plus petit que la poupĂ©eâŠ. LâAtelier des frĂšres Chernetsov Alexei Tyranov, 1828, MusĂ©e dâArt Russe, Saint Petersbourg Le peintre figure doublement dans le tableau en tant que personnage, dans le miroir accrochĂ© au mur seule figure Ă©clairĂ©e au milieu des deux frĂšres en contrejour ; en tant quâemblĂšme , sous les espĂšces de la palette posĂ©e au premier plan sur le tabouret. LâimpossibilitĂ© physique peindre et ne pas peindre sâĂ©vacue dĂšs lors que nous comprenons que la palette, avec ses couleurs bien rangĂ©es, est en attente sur le seuil, tandis que le peintre est en train dâesquisser le tableau. Larsson La chambre de papa, Carl Larsson, vers 1895 Au milieu de lâimposante chambre, avec un humour certain, Larsson dĂ©compose son autoritĂ© paternelle en trois morceaux les bottes, le torse et les moustaches, du plus grand au plus petit. Mes amis, le charpentier et le peintre Carl Larsson, 1909 Larsson ce Rockwell nordique se reprĂ©sente ici avec humour encadrĂ© par ses alter-egos le charpentier avec son marteau, le peintre en bĂątiment avec son pot et son pinceau, les deux fixant un mystĂšre en hors champ quâil sâagit de clouer, puis de badigeonner de rouge. Lâamoncellement des outils sur le sol, la moulure verte dĂ©cloutĂ©e et posĂ©e sur la chaise, ne nous donnent aucune indication. Et Larsson, protĂ©gĂ© dans son cadre dorĂ© au milieu de tout ce chantier, nous fixe dâun oeil bonhomme, et nous laisse en plan. Esbjorn faisant ses devoirs Carl Larsson, vers 1910, Ateneumin Taidemuseo, Helsinki Esbjorn faisant ses devoirs II Carl Larsson, 1912 La comparaison des deux versions montre combien la composition influence notre ressenti. Dans la vue frontale, lâĂ©colier assis du cĂŽtĂ© de la fenĂȘtre fermĂ©e, face Ă la statuette ennuyeuse, nâa quâune seule envie passer du cotĂ© de la fenĂȘtre ouverte, du jardin et de la chaise vide. Dans la vue latĂ©rale, tout lâunivers du garçon â son Ă©tabli, son bureau, son cahier â converge vers lâimage de son pĂšre, qui le tient Ă lâoeil sans trop prendre le rĂŽle au sĂ©rieux car clairement le gamin dort, les mains dans les poches et le nez en lâair, en face de la fenĂȘtre ouverte ; et les trois tĂȘtes dans le cadre, tĂȘte dâor, tĂȘte de rapin et tĂȘte de pantin disent avec humour que les porteurs de chapeau ne font pas pas le poids face Ă un enfant qui rĂȘve. Zinaida Serabriakova Tata et Katia dans le miroir Zinaida Serabriakova, 1917, Collection privĂ©e Charmant portait de la mĂšre de famille avec trois de ses quatre enfants les deux filles de part et dâautre du miroir Tatiana, nĂ©e en 1912, Ekatarina nĂ©e en 1913 et un des garçons Eugene nĂ© en 1906 ou Alexandre, nĂ© en 1907 debout au fond du corridor. Ce sont encore les annĂ©es heureuses Ă Saint PĂ©tersbourg, avant la RĂ©volution, le veuvage, lâexil sans les enfants, et la dĂšche. Zinaida tient son carton Ă dessin de la main droite et dessine de la main gauche, comme il sied Ă un reflet. A noter la perspective trĂšs approximative seule la ligne qui relie la tĂȘte de la petite fille Ă son reflet aboutit Ă lâoeil du peintre. Les fuyantes de la chaise aboutissent un peu plus Ă gauche. Celle de la table tombent plus bas, celle du corridor plus haut. Si le point de fuite du corridor tombait au niveau de lâoeil du peintre, le garçon serait cachĂ© par sa mĂšre. Lâintention de Zinaida nâest pas ici lâexactitude optique â elle sâamuse mĂȘme, avec ce corridor en enfilade, Ă un pseudo effet dâabyme. La mise en scĂšne est celle du bonheur familial, avec pour pivot la mĂšre, entre les deux filles studieuses et le garçon qui ne tient pas en place. Chez le coiffeur Zinaida Serabriakova, fin des annĂ©es 1920 ExilĂ©e Ă Paris, Zinaida a conservĂ© son intĂ©rĂȘt pour les ruses avec les miroirs deux garçonnes cĂŽte Ă cĂŽte semblent le reflet lâune de lâautre. Zinaida se situe Ă droite, Ă en croire la palette coincĂ©e derriĂšre le tableau. Pour dâautres autoportraits de Zinaida, voir Sur son art classĂ© par thĂšmes Son reflet auprĂšs dâelle Jeune femme se poudrant Young Woman Powdering Herself Seurat, 1889-90 Courtauld Gallery, Londres La jeune femme de 20 ans est Madeleine Knobloch, la maĂźtresse de Seurat. Primitivement, le visage de celui-ci apparaissait dans le miroir. Mais, comme un ami lui avait dit que cela paraissait bizarre, il prĂ©fĂ©ra le dissimuler sous un pot de fleur, transformant le miroir en tableau. Portrait de femme Santiago Rusinol, 1894, Museu Nacional dâArt de Catalunya, Barcelona Dans cette composition sĂ©vĂšre, le profil barbu de Rosinol affronte, du fond du miroir, le profil dĂ©licat de la jeune fille. Tout est mis au service dâune simplicitĂ© efficace la perspective impeccable â les fuyantes du marbre de la cheminĂ©e convergent bien vers lâoeil du peintre ; la gĂ©omĂ©trie implacable â des emboĂźtements de carrĂ©s ; la palette rarĂ©fiĂ©e â noir et ocre ; le point de vue simplifiĂ© de profil. AustĂ©ritĂ© voulue, qui met dâautant plus en valeur les lignes serpentines de la jeune fille, la puretĂ© de son profil, et les seuls objets colorĂ©s du tableau⊠âŠqui sont les attributs symboliques de sa fugitive BeautĂ© deux brochures fanĂ©es et un bouquet fanĂ©.. Portrait de Henrietta Leopoldovna Ghirshman Valentin Serov , 1907, Gallerie Tretiakov, Moscou Ce tableau virtuose multiplie les reflets la fiole de droite par exemple, qui se reflĂšte Ă la fois dans la table de toilette en verre et dans le miroir, nous mĂšne jusquâĂ lâoeil du peintre sur le bord. MalgrĂ© les parties non peintes de la partie gauche et du bas du meuble, malgrĂ© la focalisation impossible Ă la fois sur le visage de la femme et sur celui du peintre, ce portrait donne une impression dâexactitude optique sous les effets picturaux, la construction perspective est rigoureuse. Matisse Nature morte, serviette Ă carreaux Matisse, 1903, Collection PrivĂ©e Un vase bleu borne la frontiĂšre entre lâespace de la serviette â froissĂ©, bariolĂ©, gĂ©omĂ©trique carrĂ©s du tissu, cercles des pommes et celui du miroir â indistinct, monocolore, organique, oĂč se devine un autoportrait brouillĂ©. Carmelina Matisse, 1903, MusĂ©e des Beaux-Arts de Boston, USA A lâinverse, dans cet atelier au miroir rĂ©alisĂ© la mĂȘme annĂ©e, la silhouette massive et fortement charpentĂ©e du modĂšle peine Ă Ă©quilibrer la prĂ©sence forte de Matisse, Ă lâautre bout dâune sorte de balançoire graphique fichĂ©e perpendiculairement au tableau. La manche droite du peintre et la main droite laissĂ©e inachevĂ©e du modĂšle rivalisent dans les rouges, de part et dâautre du vase bleu qui, ici encore, marque le lieu du pivot. Dans le plan du tableau, un autre Ă©quilibre sâĂ©tablit entre le petit cadre de droite, et le cadre plus consĂ©quent du miroir effet qui majore la taille du peintre, lui Ă©vitant lâĂ©crasement total par la grande femelle centrale. Le Peintre et son ModĂšle Dufy, 1909, Collection privĂ©e Dufy, qui Ă©tait gaucher, a eu soin de se reprĂ©senter ainsi. La composition en quatre quadrants donne au modĂšle la moitiĂ© gauche, tandis que lâartiste et tous les objets de son art se trouvent encadrĂ©s de dorĂ© dans le miroir, qui fonctionne ici comme un tableau dans le tableau. Il se crĂ©e ainsi une sorte dâappel dâair depuis la rĂ©alitĂ© colorĂ© vers le lieu de lâartiste, puis au delĂ vers la cadre de la cheminĂ©e oĂč toute couleur sâabolit. Autoportrait avec modĂšle Angel Zarraga, vers 1940 A contrario, le peintre, pourtant debout, se trouve ici miniaturisĂ© et amoindri par les tons bleus, au point que, sans profondeur, le miroir ressemble plutĂŽt Ă un tableau dans le tableau. Et la main gauche de la femme posĂ©e sur le coussin, qui pourrait inviter le peintre de chair Ă venir dâasseoir Ă cĂŽtĂ© dâelle, semble plutĂŽt lĂ pour interdire Ă ce petit homme de descendre dans le monde des grandes. Lâatelier Mario Tozzi ,1928 Exactement contemporaine mais dans en style moderne », cette toile Ă©vite lâeffet jivaro en agrandissant le miroir, qui montre Tozzi de la tĂȘte aux pieds. Le modĂšle, avec sa mandoline et son miroir fait pendant, sans lâĂ©craser, au peintre avec sa palette et son chevalet. Myself in the studio, Belford Mews Alberto Morrocco, Collection privĂ©e La composition met en orbite autour du modĂšle absorbĂ© dans sa lecture les ingrĂ©dients habituels dâune nature morte bouteille, tasse Ă cafĂ©, vase avec fleurs, compotier avec fruits, guitare. Seul Ă©chappe Ă cette convention le miroir dans lequel le peintre, rĂ©duit Ă un torse et Ă un regard, semble lâĂ©manation de la pensĂ©e de la liseuse. DerriĂšre lui, dans un spot bleu, une tĂȘte noire hurlante poursuit cette Ă©chappĂ©e dans lâabstraction. Portrait de Marguerite Kelsey Peter Edwards, 1992 Nous citons ici lâexplication quâa donnĂ© de son tableau Peter Edwards lui-mĂȘme, en 2005 Le retour dâune modĂšle cĂ©lĂšbre Cette peinture reprĂ©sente Marguerite Kelsey, une modĂšle cĂ©lĂšbre entre les deux guerres, qui faisait partie de la scĂšne bohĂšme artistique de Chelsea. Elle a posĂ© pour la plupart des grands artistes britanniques de lâentre deux guerres⊠Elle Ă©migra en Nouvelle-ZĂ©lande au dĂ©but de la seconde guerre mondiale avec son nouveau mari, et aprĂšs sa mort suite Ă une longue maladie dans les annĂ©es 1980, elle revint en Angleterre, sans le sou et souffrant dâune arthrite rhumatoĂŻde invalidante. Câest alors quâelle fut redĂ©couverte par le monde de lâart dans son studio de Worthing⊠La grande peinture exĂ©cutĂ©e dans mon atelier de lâĂ©poque Ă Ellesmere, Shropshire, a Ă©tĂ© une tentative de reprĂ©senter Marguerite comme je lâavais vue Ă Worthing mais aussi de distiller dans mon travail tous les souvenirs dâun monde artistique disparu. » La bouteille de vin Pendant les poses, il y avait toujours une bouteille de Riesling allemande pas chĂšre, chaude, pas trĂšs forte. Lâartiste et la modĂšle la sirotaient pendant les sĂ©ances. » Câest ainsi que nous faisions Ă Chelsea â dans le monde de lâart, mon cher. Le vin blanc ne compte pas comme boisson. » Jâai mis une bouteille dans le tableau, lĂ oĂč elle se trouvait toujours, dans la cheminĂ©e. Peinte de maniĂšre dĂ©taillĂ©e, elle ne me satisfaisait pas. Elle semblait trop littĂ©rale â prosaĂŻque, alors je lâai raclĂ©e et lâĂ©cho» qui en a rĂ©sultĂ© mâa semblĂ© plus Ă©vocateur. » Les jets spermatiques » Il y a plusieurs marques de jets de peinture sur la surface, qui ont ensuite Ă©tĂ© conservĂ©s sous le vernis⊠Mais que font-elles dans cette peinture ? Elles font certainement partie de lâhistoire que raconte lâoeuvre. Robin Gibson de la National portrait gallery ironiquement les appelait spermatozoĂŻdes ». Et le critique dâart McEwen a Ă©crit sur ma technique irritante », ne comprenant pas, je pense, que ces marques faisaient partie de lâhistoire, des sortes dâhiĂ©roglyphes de peinture. Mais que sont-elles ? En regardant de nouveau, je vois ces marques flottantes comme les esprits de tous les peintres et sculpteurs qui ont reprĂ©sentĂ© Marguerite et qui sont maintenant tous morts. » Le tableau dans le tableau âŠcâest lors dâune de ces derniĂšres sĂ©ances quâelle a commencĂ© Ă me dire quâelle Ă©tait assise comme dans un nu pour George Spencer-Watson, au dĂ©but des annĂ©es 1930. Cela a fait un dĂ©clic et je me suis souvenu que jâavais possĂ©dĂ© une reproduction bon marchĂ©, du temps oĂč jâĂ©tais Ă©tudiant Ă Cheltenham, reprĂ©sentant une jolie jeune femme assise dans une chaise. Jâai dĂ©crit la peinture avec son tapis de fourrure et ses boucles dâoreilles caractĂ©ristique et elle a dit » Oh, oui, mon cher. CâĂ©tait moi ! » Jâai alors incorporĂ© lâimage dans le tableau. Elle se trouve dans le coin supĂ©rieur gauche. » Nu George Spencer-Watson, vers 1930 Dâune autorĂ©fĂ©rence Ă lâautre La revue Modern Masterpieces » posĂ©e sur la table porte sur sa couverture le tableau lui-mĂȘme. Edwards nâa pas tentĂ© de reproduire lâeffet Droste de Spencer-Watson, mais y a peut ĂȘtre puisĂ© lâidĂ©e dâune autre forme dâautorĂ©fĂ©rence, celle du miroir » Le visage dans le miroir est un autoportrait reprĂ©sentant tous les artistes qui lâont regardĂ©e, et Ă travers eux ont permis au spectateur de voir ce quâeux-mĂȘmes avaient vu. Câest une peinture sur le thĂšme du modĂšle qui est vu et de lâ artiste qui voit. Parfois lâautoportrait prend prĂ©texte dâune nature morte. Le miroir Laura-Therese Alma-Tadema, 1872 La seconde femme dâAlma Tadema fut son Ă©lĂšve trĂšs douĂ©e voici un de ses tout premiers tableaux, un an aprĂšs leur mariage, oĂč elle sâest reprĂ©sentĂ©e dans le miroir, un pinceau Ă la main. La tulipe posĂ©e devant est un hommage Ă la Hollande, pays natal de son Ă©poux et source dâinspiration pour sa propre peinture. Une famille Lawrence Alma-Tadema, 1896, Royal Academy of Arts Pour leur vingt-cinquiĂšme anniversaire de mariage, Lawrence offrira Ă Laura ce tableau de famille, oĂč elle figure Ă droite, accompagnĂ©e de son frĂšre et de ses deux soeurs le Dr Washington Epps, Emily Williams et Ellen Gosse. Le peintre sâest reprĂ©sentĂ© dans le miroir au dessus dâelle. Auto-portraits de Lawrence Alma-Tadema and Laura Theresa Epps, 1871 Le panneau posĂ© sur le chevalet est inspirĂ© par un diptyque rĂ©unissant les auto-portraits des deux Ă©poux, rĂ©alisĂ© lâannĂ©e-mĂȘme de leur mariage. La rose anglaise et la tulipe hollandaise, sĂ©parĂ©es en 1871, se retrouvent en 1896 conjointes dans le mĂȘme panneau. Pour plus dâinformations sur la famille Alma-Tadema, voir Bonnard Table de toilette au bouquet rouge et jaune The Dressing Table with a Bunch of Red and Yellow Flowers Bonnard, 1913, Museum of Fine Arts, Houston Bonnard a peint Ă plusieurs reprises ce coin-toilette avec son miroir, dans la chambre de son appartement de Saint-Germain-en-Laye. Mais câest le seul tableau oĂč il se se rĂ©vĂšle dans le reflet, tĂȘte coupĂ©e, pinceau Ă la main, nu Ă cĂŽtĂ© de la fenĂȘtre qui laisse rentrer un peu dâair, Ă cĂŽtĂ© du chien qui dort. Reflet rĂ©aliste ou collage dans le miroir ? Peu importe lâimportant est que la vue plongeante unifie la table et la banquette de sorte que les accessoires de toilette complĂštent le pinceau du peintre, et le bouquet devient palette. IntĂ©rieur Bonnard, 1913, Collection privĂ©e Dans ce tableau de la mĂȘme annĂ©e, on retrouve le coin-toilette avec lâĂ©ponge dans son support, le gant de toilette et les petites Ă©tagĂšres Ă droite. La figure dans le miroir est-elle le peintre ou sa modĂšle Marthe, occupĂ© Ă se rogner les ongles au milieu des fleurs rouges, qui ont dĂ©sertĂ© le vase pour venir joncher le couvre-lit ? Le cabinet de toilette Bonnard, 1914, Met, New York Ici, pas dâambiguĂŻtĂ© la femme qui coud sur le lit est bien Marthe, tandis que le chien lâobserve avec intĂ©rĂȘt. Moi et le miroir du bar Myself and the Barroom Mirror George Grosz, 1937, Collection privĂ©e Dans cet autoportrait peint lors de son exil en AmĂ©rique, Grosz se reprĂ©sente cernĂ© non par les nazis mais par ses propres dĂ©mons. Sa bouche indistincte est assiĂ©gĂ©e par les plaisirs buccaux fumer pipe, cigares, allumettes et boire tire-bouchon, bouchon, bouteilles de toutes formes et couleurs. Quant Ă son oeil unique, il se trouve en voie dâoccultation par les attributs de la luxure lâĂ©ventail et la carte postale. Notons que les trois reflets des bouteilles ne sont pas alignĂ©s vers lâoeil du peintre, mais vers le coin infĂ©rieur droit de la carte postale celui qui regarde la scĂšne se trouve dĂ©jĂ , mĂ©taphoriquement, Ă terre aux pieds de la danseuse. Ainsi cette autocritique sarcastique se trouve chargĂ©e dâun pouvoir dâanticipation remarquable Grosz mourut en 1959 Ă Berlin, en tombant ivre en bas dâun escalier. Pour un autre exemple dâautoportrait-collage, voir Orpen scopophile Autoportrait, Duane Bryers, 1939, collection privĂ©e Argent et porcelaine, Allan Douglass Mainds, 1942, collection privĂ©e La mise en valeur du premier plan relĂšgue lâartiste au rang dâobjet secondaire. Cet effacement de la personne derriĂšre la somptuositĂ© des matiĂšres va trouver son point culminant chez un autre peintre amĂ©ricain, John Koch. John Koch Autoportrait avec Dora, John Koch, 1953 collection privĂ©e Autoportrait avec fleurs, John Koch, 1961, collection privĂ©e Dans les deux tableaux, ni les angelots dorĂ©s ni le cadre ne sont exactement les mĂȘmes Dans la version de gauche, le reflet de la banane guide le regard de la main qui peint vers la coupe abondante, dissimulant en hors champ du miroir tout lâattirail du peintre il sâagit bien du portait dâun couple, rĂ©uni dans ce cadre baroque qui est la mĂ©taphore de lâappartement new-yorkais dans lequel ils vivent une vie dorĂ©e et brillante. Dans la version de droite, le peintre nâest en couple quâavec son chevalet, redondĂ© Ă lâextĂ©rieur dans le prĂ©sentoir aux arabesques complexes. Autoportrait au miroir, John Koch, date inconnue Dans ce troisiĂšme opus, le peintre rĂ©duit Ă sa tĂȘte se trouve, en compagnie du lustre Ă©teint, situĂ© Ă la fois entre deux cadres et dans un cadre comme sâil mĂ©ditait sur le paradoxe dâĂȘtre Ă la fois non-peint et peint. Self-Portrait with Cockatoo Louise Camille Fenne, 2006, Collection particuliĂšre Le cacatoĂšs avec sa crĂȘte jaune rĂšgne sur la commode et les fruits, enfermant lâartiste et son Ă©ventail de pinceaux dans la cage dorĂ©e du miroir. La boĂźte Ă peindre de mon pĂšre, Steven J. Levin , 1997, Collection privĂ©e La nature morte prend ici un tour plus intime lâĂ©loignement dans lâespace reproduit lâĂ©loignement dans le temps, mais le miroir, instrument de reproduction fidĂšle, assure la contiguĂŻtĂ© entre le pĂšre et son fils. Portrait de Viridiana Sicart Diez Eduardo Naranjo, 1987, Collection privĂ©e Moi peignant en Juillet le crĂąne dâun chien Yo Pintando en Julio el CrĂĄneo de un Perro Eduardo Naranjo, 1985-1991, Collection privĂ©e Eduardo Naranjo a expĂ©rimentĂ© plusieurs compositions pour ses autoportraits au miroir. A gauche, il se montre comme dĂ©tail dans le reflet de la vitre, le bras tranchĂ© au dessus du coude. A droite, le miroir calĂ© par le crĂąne de chien renvoie une image Ă©galement tronquĂ©e du peintre en cul de jatte. Dans les deux cas, la vitre ou la glace agissent non comme des rĂ©vĂ©lateurs, mais comme des caches, qui dissimulent le plus important lâaction mĂȘme de peindre. Charles Pfahl autoportaits au miroir En passant dâune croix Ă lâautre, lâartiste perd ses bras, puis sa bouche, jusquâĂ se rĂ©duire Ă son seul oeil droit. Ce singulier effet dâauto-crucifixion est simplement obtenu par le reflet Ă contre-jour du chevalet sur trois miroirs juxtaposĂ©s derriĂšre. Dawn, Middau, Dusk Artist and models Charles Pfahl Dans ce triptyque virtuose, Pfahl Ă©tudie le mĂȘme coin de sa maison sous trois lumiĂšres diffĂ©rentes celle de lâaube, celle de midi et celle du crĂ©puscule. Le peintre et ses modĂšles donnent diffĂ©rents indices de leur prĂ©sence, dans cet entre-deux entre fenĂȘtre et miroir dont le cadrage supprime savamment tout repĂšre spatial. Midi Le cadrage le plus large, celui du panneau central, nous permet de comprendre la disposition de la piĂšce . De gauche Ă droite un escalier dans lequel on voit la jambe nue dâun modĂšle, un renfoncement avec un mur blanc portant un premier miroir, un pan de lambris, contre lequel est posĂ© un second miroir au cadre dorĂ©, sur le bord supĂ©rieur duquel est posĂ© un voile. Du fond vers lâavant une façade vitrĂ©e avec deux fenĂȘtres la seconde avec balcon, une cloison perpendiculaire, percĂ©e de deux ouvertures, dans lâangle, un ensemble dâobjets en verre, dont une boule rĂ©flĂ©chissante, la tĂȘte dâun lit parallĂšle Ă la cloison, devant lequel on devine un visage endormi plutĂŽt un plĂątre quâun modĂšle vivant, un coussin de lâautre cĂŽtĂ© du lit, appuyĂ© contre le miroir. Panneau Midi dĂ©tail Les deux autres panneaux font un zoom sur une petite partie du panneau central, Ă cheval entre les deux miroirs. Aube A lâaube, lâartiste sâest assis de profil, devant la sphĂšre rĂ©flĂ©chissante. Il nous montre son oeil droit dans un petit miroir circulaire. Le nez et les lunettes, dans le miroir Ă bord dorĂ©, complĂštent le reste du profil que nous rĂ©vĂšle le miroir situĂ© dans le renfoncement. CĂŽtĂ© modĂšles, on voit une main fĂ©minine posĂ©e sur lâĂ©paule droite du peintre. Et on devine dans a boule un nu couchĂ© et un nu debout. CrĂ©puscule Le soir lâartiste, assis dans lâautre sens, se divise entre les deux miroirs. On voit dans le miroir un nu debout tournant le dos au peintre ; et tout en bas, presque Ă la limite du cadre, les cheveux dâun autre modĂšle allongĂ© sur le lit. A noter que, si lâintĂ©rieur de la piĂšce semble cohĂ©rent entre les trois tableaux, le reflet dans la boule ne lâest pas, de mĂȘme que le paysage vu par la fenĂȘtre comme si la boule sâĂ©tait posĂ©e dans trois ateliers diffĂ©rents, comme si la maison sâĂ©tait installĂ©e Ă trois endroits diffĂ©rents le matin dans une ville ancienne, Ă midi en pleine campagne et le soir dans une citĂ© moderne. Autoportrait dans un petit miroir rond Sarah Raphael, 1990, Collection particuliĂšre On remarque dans le miroir le haut des tableaux vus Ă travers une arcade sur lesquels Sarah travaillait Ă ce moment lĂ . La photographie de droite la montre soumettant un de ces tableaux Ă lâĂ©preuve du miroir. Le miroir circulaire montre plus que le visage de lâartiste. Câest une sorte de coupe de lâintĂ©rieur de son crĂąne, menacĂ© par le monstre triomphant qui se dresse au dessus symbole des migraines qui lâont tourmentĂ©e durant toute sa courte existence. La disproportion du noir sur les petites plages de bleu ciel traduit lâintensitĂ© de cet Ă©crasement. Voir la suite Lâartiste comme fantĂŽme
Les poils sont maintenant durs comme du bĂ©ton... Bonjour la galĂšre !Mais pas la peine de les jeter pour autant mĂȘme s'ils sont complĂštement il existe un truc magique pour ravoir un pinceau durci par la peinture et le ramollir est de le faire tremper dans du vinaigre blanc chaud et de le rincer Ă l'eau savonneuse. Regardez Ce dont vous avez besoin- 250 ml vinaigre blanc- savon vĂ©gĂ©tal type savon de Marseille- casserole- eauComment faire1. Remplissez un verre de vinaigre Videz ce verre de vinaigre blanc dans une Mettez la casserole Ă Retirez le vinaigre blanc du feu quand il est chaud mais pas Faites tremper vos pinceaux dans le vinaigre blanc Laissez agir au moins une heure ou mĂȘme toute la nuit si Lavez-les Ă l'eau chaude savonneuse et voilĂ ! GrĂące au vinaigre blanc, vous avez ramolli vos pinceaux qui Ă©taient tout durs -Facile, rapide et efficace, n'est-ce pas ?MĂȘme pas besoin de racheter un pinceau tout neuf !Vous pouvez rĂ©utiliser votre pinceau comme si de rien n' astuce fonctionne pour tous les pinceaux avec des poils ce soient des pinceaux de travaux, de peinture ou mĂȘme de maquillage. Pourquoi ça marche ?Le vinaigre blanc dissout la peinture mĂȘme si elle est incrustĂ©e entre les poils du le savon Ă l'huile vĂ©gĂ©tale est trĂšs gras, il permet de faire glisser les restes de peinture sur les poils pour les enlever l'eau chaude, cela amplifie cette bonusSi la peinture n'est toujours pas partie et que votre pinceau est encore dur, tentez une derniĂšre option chauffer le vinaigre blanc dans une casserole. Puis, plongez les pinceaux dedans et laissez bouillir pendant 10 rincez les pinceaux Ă l'eau savonneuse et y a un risque que cela abĂźme lĂ©gĂšrement les poils du pinceau, mais le rĂ©sultat est lĂ !Ă votre tour...Vous avez testĂ© ce truc de grand-mĂšre pour nettoyer les pinceaux qui ont durci ? Dites-nous en commentaire si ça a Ă©tĂ© efficace pour vous. On a hĂąte de vous lire ! Partagez cette astuce Vous aimez cette astuce ? Cliquez ici pour l'enregistrer sur Pinterest ou cliquez ici pour la partager avec vos amis sur Facebook. Ă dĂ©couvrir aussi Votre Pinceau a Durci ? Sortez le Vinaigre Blanc !23 Utilisations Magiques du Vinaigre Blanc Que Tout le Monde Doit ConnaĂźtre.
JOHANNES VERMEER VAN DER MEER DE DELFT PremiĂšre partie Pour peu qu'on ait approfondi l'Ă©tude de l'art ancien, qu'on ait fouillĂ© les vieilles archives, feuilletĂ© les livres de comptes des princes, des villes ou des Ătats, parcouru les rĂŽles des corporations et les listes des acadĂ©mies, il est bien rare qu'on ait pu se dĂ©fendre d'un mouvement d'Ă©tonnement d'abord, puis d'inquiĂ©tude et de malaise, Ă la rĂ©vĂ©lation d'une quantitĂ© Ă©norme d'artistes de tout Ă©tat, gens de mĂ©rite probable, de valeur certaine, honorĂ©s par leurs confrĂšres, estimĂ©s de leurs contemporains, souvent mĂȘme distinguĂ©s par les princes ou par les rois, et qui nous sont aujourd'hui Ă peu prĂšs inconnus. â Hommes de talent dont les noms parvenus accidentellement jusqu'Ă nous ne nous disent rien, car nous n'avons pas la moindre notion des qualitĂ©s ou des dĂ©fauts qui ont bien pu caractĂ©riser leurs Ćuvres. Il se produit, en effet, dans toutes les Ă©coles un phĂ©nomĂšne singulier. L'histoire de l'art, au bout d'un temps relativement trĂšs court, se synthĂ©tise. Les rayons lumineux qu'elle projette ne s'arrĂȘtent plus que sur un nombre limitĂ© de tĂȘtes spĂ©cialement favorisĂ©es; les autres restent plongĂ©s dans une ombre qui va toujours s'Ă©paississant, et que chaque annĂ©e qui s'Ă©coule rend plus obscure. Fait plus regrettable encore, les Ćuvres de ces infortunĂ©s subissent le mĂȘme sort que leur nom. Elles disparaissent peu Ă peu de la circulation, et quand elles ne sont pas brutalement dĂ©truites, elles sont dĂ©naturĂ©es, elles changent d'Ă©tiquette et passent au compte d'autres artistes mieux cotĂ©s. La constatation de ce mĂ©fait ne date pas d'hier. Personne n'ignore, Ă©crivait en 1808 le chevalier de Burtin1, qu'en effaçant les noms un vil manĂšge a dĂ©jĂ plongĂ© dans l'oubli le souvenir de maint excellent artiste ancien dont on ne retrouve plus, ou presque plus de traces, sinon dans les ouvrages des biographes, qui nous ont transmis les justes Ă©loges qu'ont mĂ©ritĂ©s de leurs contemporains parmi tant d'illustres concurrents beaucoup de peintres dont on ne connaĂźt plus les ouvrages aujourd'hui.» C'est ainsi que la spĂ©culation dĂ©pouille certains artistes de la part de gloire Ă laquelle ils ont droit, en attribuant uniformĂ©ment leurs Ćuvres Ă un rival dont la signature fait prime, et Ă cinquante ans de distance une gĂ©nĂ©ration touffue de peintres et de sculpteurs, qui comptait par centaines les hommes de talent, semble se rĂ©sumer en une douzaine de producteurs qui, seuls, demeurent connus et apprĂ©ciĂ©s du public. Le plus souvent, il est vrai, celui qui constate cette Ă©trange absorption essaye de se consoler de cette disparition singuliĂšre, en se persuadant que ceux qui n'ont pas survĂ©cu n'Ă©taient pas nĂ©s viables. En vain l'estime dont ils ont joui dans leur temps vient-elle protester contre un jugement si lestement formulĂ©. En vain objecte-t-on les prix relativement Ă©levĂ©s payĂ©s pour leurs Ćuvres, le goĂ»t avĂ©rĂ© de leurs protecteurs, la haute considĂ©ration dont les entouraient leurs confrĂšres, on trouve toujours quelque bonne raison pour s'abuser sur leur compte, quelque motif ingĂ©nieux pour expliquer leur Ă©clipse, jusqu'au jour oĂč l'apparition subite d'un chef-d'Ćuvre inattendu vient renverser le pĂ©nible Ă©chafaudage de ces suppositions malveillantes, et attester que le pauvre mĂ©connu Ă©tait sinon un artiste de gĂ©nie, du moins un ouvrier d'un merveilleux talent. C'est lĂ le cas de Johannes Vermeer, dont nous allons essayer de retracer la Rien nâest Ă la fois plus instructif et plus curieux que l'histoire de ce grand peintre mĂ©connu. De son vivant, il fut apprĂ©ciĂ© comme artiste et honorĂ© comme homme. Dirk van Bleyswijck, secrĂ©taire du magistrat de la ville de Delft, personnage considĂ©rable par consĂ©quent, voulant consacrer pour la postĂ©ritĂ© les gloires de sa ville natale, publia, en 1667, un Ă©norme volume de prĂšs de 1,000 pages, sous le nom de Description de la ville de Delft2, et, parmi les artistes qui faisaient honneur Ă la citĂ©, il mentionne Johannes Vermeer, quoiqu'il fĂ»t encore un jeune homme, et, quoique discret et rĂ©servĂ© autant qu'un fonctionnaire public doit l'ĂȘtre, Bleyswijck se soit montrĂ© trĂšs avare de renseignements sur les Delvenaars, vivant encore au temps oĂč il Ă©crivait. De son cĂŽtĂ©, Arnold Bon, l'Ă©diteur de la Beschryvinge, libraire bien posĂ©, mais poĂšte Ă ses heures, et du reste trĂšs mauvais poĂšte3 ayant estimĂ© qu'il Ă©tait de son devoir d'Ă©crire une piĂšce de vers pour dĂ©plorer la mort de Carel Fabritius, crut indispensable de citer notre peintre comme un de ceux qui pouvaient sinon faire oublier, du moins remplacer dans une certaine mesure le phĂ©nix», c'est ainsi qu'il appelait Fabritius, et qui, en attendant, marchaient le plus dignement sur ses traces. Partageant Ă l'Ă©gard de leur jeune confrĂšre l'estime dont Bleyswijck et Arnold Bon donnaient des preuves publiques, les membres de la corporation des peintres de Delft, les maĂźtres de la gilde de Saint-Luc, firent Ă plusieurs reprises, de Johannes Vermeer un de leurs doyens. Enfin quand des Ă©trangers de marque traversaient la ville de Delft, on les conduisait voir l'atelier de notre peintre. A Delphes sic, Ă©crit Balthazar de Monconys, je vis le peintre Vermer, qui n'avait point de ses ouvrages; mais nous en vismes chez un boulanger, qu'on avait payĂ© six cens livres, quoiqu'il n'y eut qu'une figure4...» N'avoir point de tableaux dans son atelier, vendre ses Ćuvres un bon prix, ĂȘtre visitĂ© par les Ă©trangers, honorĂ© de la confiance des artistes ses confrĂšres, chantĂ© par les poĂštes, enregistrĂ© par les historiens, si ce n'est pas lĂ de la notoriĂ©tĂ©, mieux que cela mĂȘme, de la cĂ©lĂ©britĂ©, je demanderai ce que cela peut bien ĂȘtre. Il semble donc qu'avec de pareils atouts dans son jeu on soit sĂ»r de passer Ă la postĂ©ritĂ©. Eh bien, non. â A peine Vermeer est-il mort que sa trace se perd, son nom s'oublie, son Ćuvre se disperse. Il ne faut pas vingt ans pour que cette renommĂ©e, en apparence si bien assise, s'Ă©vanouisse complĂštement. Houbraken5, le Vasari de l'Ă©cole hollandaise, si gĂ©nĂ©reux envers nombre d'artistes qui ne le mĂ©ritent guĂšre, conteur si prolixe d'histoires plus ou moins authentiques, biographe qui prend de toutes mains et accepte pour exacts tous les rĂ©cits qu'on lui fait, Houbraken ne parle mĂȘme pas de lui, ne cite mĂȘme pas son nom. Chez Campo Weyermann6, il n'en est pas plus question que s'il n'avait jamais peint, et Van Goll ignore mĂȘme qu'il existe de ses Ćuvres7. En France, Ă plus forte raison, mĂȘme oubli et mĂȘme silence. Ni Decamps8, ni de Piles9, ni l'auteur anonyme des Anecdotes des beaux-arts10, si remplies de commĂ©rages sur le compte des maĂźtres hollandais, ne semblent avoir eu la moindre connaissance de son nom et de ses ouvrages. En Allemagne, c'est tout de mĂȘme. Fiorillo11, dans les quatre volumes qu'il consacre Ă la peinture hollandaise et flamande, ne mentionne pas une seule fois le nom de Vermeer, et Fusslin12 avant lui avait Ă©tĂ© tout aussi rĂ©servĂ©. Ce fut seulement en 1816 que les deux auteurs hollandais de l'Histoire de la peinture nationale13 essayĂšrent de protester contre cette ingratitude et tentĂšrent en faveur du maĂźtre de Delft un essai de rĂ©habilitation biographique. Mais Ă ce moment la trace de notre peintre Ă©tait si bien perdue, qu'il n'Ă©tait mĂȘme plus en possession de son nom. Comme le constatent ses deux biographes de 1816, on le nommait dĂ©jĂ communĂ©ment Van der Meer, et mieux Van der Mer de Delft Delft-schen Van der Meer pour le distinguer des deux Jean Van der Meer de Haarlem, le vieux et le jeune, et de Jean Van deer de Schoonhoven, qui habita Utrecht, et fut non seulement peintre, mais encore conseiller municipal de cette ville et receveur des convois et licences de la navigation14. Quant Ă des dĂ©tails personnels sur Vermeer, Van Eynden et Van der Willigen n'en connaissent point d'autres que ceux donnĂ©s par Bleyswijck, et que nous connaissons dĂ©jĂ . S'ils ajoutent quelque particularitĂ© bibliographique, on peut ĂȘtre sĂ»r quâelle est de leur invention, et dĂšs lors quâelle est erronĂ©e. Câest ainsi quâils prennent prĂ©texte dâune vente qui eut lieu Ă Amsterdam, le 16 mai 1696, et oĂč lâon rencontre vingt et un tableaux de Vermeer, pour prĂ©tendre quâil mourut Ă Amsterdam cette annĂ©e-lĂ , et que cette vente est celle de lâartiste lui-mĂȘme, sa vente aprĂšs dĂ©cĂšs. â Nous verrons tout Ă lâheure quelle crĂ©ance mĂ©rite cette affirmation audacieuse. Quant Ă ses Ćuvres, ils mentionnent trois de ses tableaux et croient s'acquitter envers lui en le proclamant le Titien de l'Ă©cole moderne hollandaise15». Il faut, certes, remercier, malgrĂ© les inexactitudes de leur rĂ©cit et leur trop discret laconisme, les deux auteurs nĂ©erlandais d'avoir, aprĂšs une si longue attente, remis enfin notre grand peintre Ă la place qui lui Ă©tait due; toutefois, ce serait peut-ĂȘtre un peu forcer la note que de leur en laisser tout le Si les biographes s'Ă©taient tĂ» avec une singuliĂšre persĂ©vĂ©rance pendant prĂšs d'un siĂšcle et demi, les oeuvres de Vermeer n'avaient point imitĂ© leur inqualifiable silence. Chaque fois que l'une d'elles s'Ă©tait manifestĂ©e, elle avait parlĂ©, et parlĂ© avec une forte Ă©loquence. Beaucoup de ses tableaux, il est vrai, avaient subi le sort que nous signalions tout Ă l'heure on les avait dĂ©marquĂ©s, altĂ©rĂ©s, mutilĂ©s, rendus mĂ©connaissables et attribuĂ©s Ă d'autres maĂźtres. Mais chaque fois qu'il en passait en vente un bien pur et bien authentique, non seulement les enchĂšres le saluaient, solides et nourries17, mais les experts avaient grand soin de proclamer bien haut le talent et la valeur de l'artiste. C'est ainsi que l'expert Le Brun, en 1809, le dĂ©clarait un trĂšs grand peintre dans la maniĂšre de Metzu», et que, sept annĂ©es plus tard, un autre expert, PĂ©rignon, dans le catalogne de la premiĂšre vente LapĂ©riĂšre, lui reconnaissait le talent de rendre, dans une maniĂšre large, le fini de la nature, la diffĂ©rence des objets, le soyeux des Ă©toffes par la justesse de ses teintes et de l'effet.» Ă demeure dans une galerie princiĂšre ou dans une collection privĂ©e, l'effet produit par lui n'Ă©tait guĂšre moins grand. Chacune de ses oeuvres resplendissait d'un tel Ă©clat, se manifestait avec tarit d'ampleur qu'Ă sa vue les gens du mĂ©tier s'arrĂȘtaient Ă©tonnĂ©s, surpris, Ă©mus et se croyaient obligĂ©s de constater l'Ă©vidente supĂ©rioritĂ© de cet inconnu. C'est ainsi que Reynolds, qui devait se sentir de pressantes affinitĂ©s pour ce ne manque pas de mentionner sa Femme transvasant du lait18, parmi les tableaux qui l'ont le plus frappĂ© en Hollande19. C'est ainsi que, dans des temps plus modernes, des critiques fort compĂ©tents eux aussi, mais non moins touchĂ©s par la puissance de cet admirable artiste, lui ont payĂ© leur juste tribut d'Ă©loges. M. Maxime Du Camp en 1857 Revue de Paris, ThĂ©ophile Gautier, en 1858 Moniteur, M. Paul Mantz, en 1868 Gazette des Beaux-Arts, M. ClĂ©ment de Ris, en 1872 Moniteur, rendent Ă Vermeer toute la justice qui lui est due. Quant Ă M. Viardot, la prĂ©caution qu'il prend de nous inviter Ă ne pas confondre Johannes Vermeer avec le vieux GĂ©rard van der Meir, qui fut, comme chacun sait, Ă©lĂšve des Van Eyck, si elle dĂ©cĂšle un bon naturel, ennemi de toute complication inutile, elle prouve aussi que l'oeuvre mutilĂ©e de notre grand artiste avait frappĂ© l'auteur des MusĂ©es de Hollande. Toutefois c'est Ă ThorĂ©, ou plutĂŽt Ă W. BĂŒrger, car c'est sous ce nom de guerre que notre regrettĂ© collaborateur entreprit sa campagne d'exhumation, c'est Ă W. BĂŒrger que Johannes Vermeer est redevable de sa rĂ©habilitation, et câest Ă lui qu'il faut en faire honneur. C'est Ă BĂŒrger, en effet, qui, avec une conviction, une ardeur, une passion qu'on ne saurait trop louer et trop admirer, s'est attachĂ© Ă dĂ©couvrir une Ă une et Ă mettre en lumiĂšre les Ćuvres de ce peintre inconnu, c'est Ă lui, c'est Ă ses constantes investigations que nous devons d'avoir retrouvĂ© une vingtaine d'Ćuvres bien authentiques de ce maĂźtre si puissant et si fort, c'est Ă son infatigable dĂ©vouement qu'il faut attribuer le lĂ©gitime et grandissant intĂ©rĂȘt qui s'attache aujourd'hui aux ouvrages de ce maĂźtre si rare et si parfait. Une seule chose a manquĂ© Ă BĂŒrger, c'est de pouvoir, en fournissant quelques dates certaines, limiter la vie de son peintre de prĂ©dilection, de ce sphinx», comme il aimait Ă l'appeler. C'est cette lacune que nous venons combler aujourd' Rien n'est plus intĂ©ressant, passionnant mĂȘme, que la chasse au document, surtout quand elle a lieu sur un terrain incertain, mal connu et qui se dĂ©robe Ă chaque instant sous les pieds du chasseur. DĂšs sa rĂ©solution arrĂȘtĂ©e de percer les tĂ©nĂšbres qui entouraient son sphinx», BĂŒrger fut fort embarrassĂ© et se trouva aux prises avec une prodigieuse quantitĂ© de Jan Van der Meer, car aucun nom n'est plus commun en Hollande. Tout d'abord, rien que parmi les maĂźtres du XVIIe siĂšcle, il en rencontra quatre ayant maniĂ© le pinceau 1°Jan van der Meer, d'Utrecht, qui a peint de grands tableaux et des portraits; 2° Jan van der Meer, de Haarlem, surnommĂ© le Vieux, paysagiste, et 3° Jan van der Meer, de Haarlem, surnommĂ© le Jeune, Ă©galement paysagiste, mais dans le goĂ»t de Berchem, et enfin 4° Jan van der Meer, de Delft. Il lui fallut avant tout faire la part de chacun d'eux. Son embarras se serait encore accru s'il avait pu fouiller les archives de Delft et sonder les profondeurs de son Ă©tat civil, pour ne parler que des contemporains de notre peintre, des van der Meer qui habitaient de son temps sa ville natale. Il se serait heurtĂ©, en 1640, Ă un Jan van der Meer, pharmacien, demeurant sur le Voldersgracht; en 1647, Ă un Jan Jansz van der Meer, veuf consolĂ© qui logeait sur l'Out Beyerlant; en 1648, Ă un Jan Cornelisz van der Meer, non moins veuf, mais Ă©galement consolĂ©, et de plus chapelier de son Ă©tat, ayant son domicile dans la Buitenketelpoort; en 1665, il aurait pris connaissance de l'hĂ©ritage de Jan Reyers van der Meer, et, en 1680, de celui de la femme du scleoolmeester Johannes van der Meer, etc., etc., complication assurĂ©ment inattendue, et qui n'aurait pas manquĂ© d'augmenter le dĂ©sarroi dans lequel il se trouvait plongĂ©. Mais BĂŒrger fut plus sage. Il ne s'aventura pas lui-mĂȘme dans les archives de Delft. II alla aux renseignements, s'adressa au gardien attitrĂ© du trĂ©sor et fut Ă©conduit avec une bonne grĂące si parfaite, qu'il demeura convaincu de l'impossibilitĂ© de rien arracher Ă ce prĂ©cieux dĂ©pĂŽt ni au cerbĂšre qui le gardait. Les archives de Delft ont Ă©tĂ© dispersĂ©es, Ă©crit-il de la meilleure foi du monde, surtout dans la partie qui concerne le XVIIe siĂšcle, et, malgrĂ© les recherches que l'archiviste a bien voulu faire, on n'a rien trouvĂ© sur la naissance et la mort de Van der Meer.» La vĂ©ritĂ© est que l'Ă©tat civil de la ville de Delft est des plus complets, et qu'aucune recherche sĂ©rieuse et intelligente n'a Ă©tĂ© faite par l'archiviste dont parle BĂŒrger, sans quoi cet archiviste n'eĂ»t pas manquĂ© d'y apercevoir ce que moi-mĂȘme, pauvre Ă©tranger, je devais y dĂ©couvrir en 1877 et ce que plus rĂ©cemment y a retrouvĂ© M. O Obreen, c'est-Ă -dire la date de naissance, la date de mariage et la date de mort de notre peintre. La vĂ©ritĂ©, c'est que la partie des archives de Delft qui regarde la Burgerlijke Stand, c'est-Ă -dire l'Ă©tat civil, ne compte pas moins de cent soixante-quinze registres qui vont de l'annĂ©e 1575 Ă l'annĂ©e 1808 sans presque prĂ©senter de lacune. La vĂ©ritĂ©, c'est que sachant la confession des individus, il n'est nullement impossible, lorsqu'on veut s'en donner la peine et qu'on peut y consacrer le temps nĂ©cessaire, de retrouver les renseignements dont on a besoin, et je suis certain que ce n'est pas l'archiviste actuel, mon excellent ami J. Soutendam, qui me dĂ©mentira. Il est Ă supposer, toutefois, qu'on aura commencĂ© Ă chercher Ă l'annĂ©e indiquĂ©e par Bleyswijck et que, ne trouvant pas de Vermeer ni de Van der Meer Ă cette annĂ©e-lĂ , on ne sera pas allĂ© plus loin. Mais le fait n'Ă©tait pas pour dĂ©courager un chercheur expert tous ceux qui ont pratiquĂ© les archives hollandaises savent bien que jusqu'Ă la seconde moitiĂ© du XVIIe siĂšcle les noms de famille figurent trĂšs rarement et Ă l'Ă©tat absolument exceptionnel sur certains registres de l'Ă©tat civil. Il fallait donc tĂącher de savoir quel avait Ă©tĂ© le prĂ©nom du pĂšre de notre peintre. Eh bien, ce prĂ©nom nous devait ĂȘtre livrĂ© par la mention matrimoniale de Jan Vermeer. Cette mention, en effet, nous apprend que son pĂšre s'appelait Reynier. DĂšs lors, plus d'erreur possible, et nos lecteurs se souviennent que, il y a six ans bientĂŽt, nous donnions dans la Chronique20 le texte mĂȘme de cet acte de naissance ci vainement cherchĂ© par le paresseux archiviste et dĂ©couvert par nous. Cet acte est conçu comme suit Dito 31 octobre 1632. I kint Joannis, vader ReynierJanssoon, mĆder Dingnum Balthazars Getuygen Pieter Brarnmer, Jan Heyndrickz, Maertge Jans. C'est-Ă -dire Dito du 31 octobre 1632. Un enfant, Joannis, le pĂšre est Reynier fils de Jean, la mĂšre Dingnum, fille de Balthazar, les tĂ©moins sont Pieter Brammer, Jan, fils d'Heyndrick, et Marthe, fille de Jan. Ce Joannis ou Jan Ă©tant, dans l'annĂ©e 1632, â annĂ©e indiquĂ©e par Bleyswijck â le seul fils de Reynier mentionnĂ© par l'Ă©tat civil de Delft, il Ă©tait donc clairement Ă©tabli que c'Ă©tait bien lĂ la dĂ©claration de naissance de notre peintre; toutefois un doute pouvait encore subsister. Aujourd'hui il n'existe plus une mention mortuaire produite rĂ©cemment par M. O. Obreen est venue confirmer notre dĂ©couverte. Cette mention est relative Ă la mĂšre de notre peintre; en voici la teneur Begraven in de nieutve kerk 13 february 1670, Dyna Baltens, weduwe van Reynier Vermeer in de Vlamingstraet. Je traduis Enseveli dans la nouvelle Ă©glise le 13 fĂ©vrier 1570, Dyna Baltens, veuve de Reynier Vermeer, demeurant dans la Vlamingstraet. Dyna Ă©tant l'abrĂ©viation de Dingnum et Baltens celle de Balthasars, il n'y a plus de place pour le moindre doute. La seconde mention d'Ă©tat civil relative Ă Johannes Vermeer rencontrĂ©e par nous sur les registres de l'Ă©tat civil de Delft est celle de son mariage. Nous la relevons sur les registres de l'hĂŽtel de ville, Ă la date du 5 avril 1653 Johannes Reyniers Z. Vermeer opt Martvelt, Catharina Bolenes J. D. mede aldaer C'est-Ă -dire Johannes, fils de Reynier Vermeer, jeune homme demeurant sur le marchĂ© avec Catharina Bolenes, jeune fille, au mĂȘme endroit. Et, en marge, on lit attestatie g. g. op Schepl, den 20 april 1653. Stadthuys. Attestation donnĂ©e par le corps des Ă©chevins le 20 avril 1653. HĂŽtel de ville. VoilĂ notre Vermeer mariĂ©, il a vingt et un ans. Le premier recueil de documents oĂč il nous va apparaĂźtre maintenant ne figure plus Ă l'Ă©tat civil de Delft, mais Ă la bibliothĂšque royale de La Haye Ce recueil se nomme le MeestersbĆrk â ou le livre de maĂźtrise â de la gilde de Saint-Luc. Il nous apprendra que c'est l'annĂ©e mĂȘme de son mariage que notre peintre se fit recevoir maĂźtre. Schilder, den 29 December 1653. Johannis Vermeer heft hem dĆn aenteijkenen als meester schilder, sijnde burger en heeft op sijn meester geldt betaelt 1 gul 10 stuyv rest 4 gul 10 st. â Den 24 July 1656 in alles betaelt. Traduisons Peintre Le 29 dĂ©cembre 1653. Johannis Vermeer s'est fait inscrire comme maĂźtre peintre Ă©tant bourgeois, et il a pour son droit de maĂźtrise payĂ© 1 fl. 10 sols, reste 4 fl. 10 Le 24 juillet 1656 il a tout payĂ©. Ce mĂȘme livre de maĂźtrise nous reparle de lui en 1663. Cette fois, ce n'est plus comme simple maĂźtre qu'il figure sur les registres de la corporation, mais comme syndic, comme doyen, comme Hooftman, comme chef-homme. Il exerce pendant deux ans ces importantes fonctions 1662-1663, puis il rentre dans le rang pour en ressortir en 1670 et figurer encore, en 1671, parmi les doyens. AprĂšs cela, plus rien. â Ce silence peut sembler extraordinaire si l'on s'en tient Ă la date mortuaire donnĂ©e par les auteurs de la Vaderlandsche Schilderkunst, c'est-Ă -dire 1696. Mais une vente de tableaux, quelque nombreuse et fournie qu'elle puisse ĂȘtre en Ćuvres d'un maĂźtre, n'est pas un acte de dĂ©cĂšs, et c'est ce qui nous avait fait estimer et mĂȘme affirmer que Vermeer devait ĂȘtre mort aux environs de 167321. Nous ne nous Ă©tions trompĂ©s que de deux ans. Notre Johanues Vermeer passa de vie Ă trĂ©pas le 13 dĂ©cembre 1675; il n'Ă©tait, par consĂ©quent, ĂągĂ© que de quarante-deux ans. Voici la copie de la mention mortuaire inscrite Ă cette date sur les registres mortuaires Jan Vernneer Kunstschilder aen de onde Langedyck in de Kerk. Jean Vermeer, artiste peintre, â demeurant sur la vieille Langedyk, enterrĂ© dans l'Ă©glise la vieille Ă©glise. Et une note marginale indique qu'il laissait huit enfants mineurs. Ainsi se clĂŽt cette carriĂšre si brillante, si nous en jugeons par les rares productions qui ont survĂ©cu du beau talent de Vermeer, par l'estime de ses confrĂšres, par ses contemporains. NĂ© en 1632, mariĂ© en avril 1653, inscrit comme maĂźtre le 23 dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e, chef-homme de sa corporation en 1662-1663, c'est-Ă -dire Ă trente ans, de nouveau doyen en 1670 et 1671, mort en 1675. VoilĂ la restitution complĂšte, intĂ©grale de cette vie que BĂ»rger dĂ©clarait si obscure. Les archives qu'il croyait condamnĂ©es Ă un mutisme Ă©ternel ont parlĂ©. Le sphinx», comme il aimait Ă appeler Vermeer, a livrĂ© son secret. Il nous reste Ă voir maintenant comment ces dates, heureusement retrouvĂ©es, viennent dĂ©truire l'Ă©chafaudage de suppositions qu'on avait Ă©levĂ© autour de cette sympathique figure, et expliquer ses Ćuvres mieux que ne peuvent le faire les plus ingĂ©nieuses suppositions. Notes 1. TraitĂ© thĂ©orique et pratique des connaissances qui sont nĂ©cessaires Ă sont amateur de tableaux, etc. Bruxelles, 1808, t. Ier p. 303 2. Beschryvinge der Stadt Delft betreffende des selfs situatie oorsprong en ouderdom, etc. Delft, 1667. 3. Campo Weyermann, faisant allusion Ă ses vers, traite Arnold Bon de poĂšte de deux sous Een zeker poĆt van deux aas», et ajoute qu'il aurait dĂ» se nommer, non pas bon, mais trĂšs mĂ©chant. 4. Journal des voyages de M. de Monconys. Lyon, 1665-1666, p. 149. 5. De groote schonburgh der nederlantsche konstschilders. Amsterdam, 1719. 6. De Levensbeschryvingen der nederlandsche Kuntschilders. La Haye, 1729. 7. De Nieuwe Schonburg der nederlantsche Kuntschilders. La Haye, 1754. 8. La Vie des peintres flamands et hollandais. Paris, 1753. 9. OEuvres diverses de M. de Piles, de l'AcadĂ©mie royale de peinture et de sculpture. Tome Ier, contenant l'abrĂ©gĂ© de la vie des peintres avec des rĂ©flexions sur leurs ouvrages. Paris, 1767. 10. Anecdotes des Beaux-Arts. Paris, 1776. 11. Geschichte der zeichnenden Kunste in Deutschland und den vereinigten Niederlander. Hannover, 1818. 12. Hans Rudolph Fusslins kritisches verzeichniss. Zurich, 1816. 13. Geschiedenis der vaderlandsche Schilderkunst. Haarlem, 1816. 14. Geschiedenis, etc., t. ler, p. 164. 15 Johannes Vermeer den Titiaan der moderne schilders van de Hollandsche Scholl nĆmen mag» 16. D'autant mieux que RĆland van Eynden, l'un des deux biographes en question, dans le MĂ©moire qui, en 1786, obtint le prix du concours Teyler relatif Ă la peinture hollandaise, ne mentionne pas encore Vermeer. 17. TĂ©moin la LaitiĂšre, dont nous donnons la gravure, payĂ©e Ă la vente de Bruyn 1798 4,550 florins, et Ă la vente Muilman 1813 2,125 florins, prĂšs de 5,000 francs. 18. Aujourd'hui Ă Amsterdam, dans la galerie Six 19. Voir les Ćuvres complĂštes du chevalier JosuĂ© Reynolds. Paris, 1806. â Voyage en Flandre, en Hollande, Ă DĂŒsseldorf, t. II, p. 338. 20. AnnĂ©e 1877, n° 43. 21. Voir Histoire de la peinture hollandaise, Paris, A. Quantin, Ă©diteur, p. 488.
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